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Kosovo: une reconnaissance qui divise et qui reste symbolique

Publié par Tessa Ivascu. | mardi, février 19, 2008 | | Vos commentaires

Les premières reconnaissances formelles sont tombées lundi : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Turquie. La France à fait de même, par lettre de Nicolas Sarkozy au président Fatmir Sejdiu. Mais l'indépendance du Kosovo divise toujours l'Union Européenne. La Serbie et son allié Moscou y restent opposés. Les deux ont demandé sans succès au secrétaire général Ban Ki-moon d'ordonner à la mission de l'ONU qui administre le Kosovo (Minuk) de la déclarer "nulle et non avenue". La Serbie a rappellé tous ses ambassadeurs en poste dans les pays en faveur de l'indépendance.
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Drapeau du Kosovo, qui a proclamé son indépendance unilateralement le 17 février 2008"L'Histoire montrera que c'était une mesure correcte pour apporter la paix dans les Balkans", a affirmé mardi le président américain George W. Bush à Dar es Salaam - les Etats-Unis ont été le principal soutien de l'accession du Kosovo à l'indépendance.
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"Un ersatz de souveraineté".
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Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, pense tout le contraire : il a estimé lundi soir à Moscou que cette proclamation créait un "danger" pour la stabilité internationale. De son côté, au Conseil de sécurité de l'ONU, le président serbe Boris Tadic a mis en garde contre un précédent dangereux qui selon lui causera "des dommages irréparables à l'ordre international".
La Serbie et la Russie ont échoué à faire annuler à l'ONU la proclamation d'indépendance.
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Mais plusieurs pays européens, ainsi que le Canada et la Chine, craignent que l'indépendance du Kosovo n'encourage les séparatismes.
A Belgrade, lors d'un vote à l'unanimité, le Parlement serbe avait auparavant déclaré "nulle et non avenue" la proclamation d'indépendance du Kosovo, car elle violait l'intégrité et la souveraineté de la Serbie. Belgrade a également rappelé lundi ses ambassadeurs accrédités dans les pays qui ont reconnu l'indépendance, dont les Etats-Unis.
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"Un théâtre de faux-semblants"
Mais "que sera le Kosovo de demain, 'indépendant' mais sous contrôle, et sans aucune perspective économique viable ?", se demande Jean-Arnault Dérens, spécialiste des Balkans, dans Le Monde diplomatique. Les négociations entre la Serbie et les autorités albanaises du Kosovo n’ont été qu’un "théâtre de faux-semblants". D’entrée de jeu, les Etats-Unis avaient fixé les règles, en déclarant que l’issue - l’indépendance - était inéluctable. "Aucune tentative réelle de dégager un compromis n’a jamais été entreprise", écrit le journaliste.
La Serbie s'est appuyé sur le soutien de la Russie et sur les principes du droit international, réclamant le respect de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui reconnaît explicitement la souveraineté serbe sur le Kosovo. "Pourtant, la cacophonie semble l’emporter" : l'UE est profondément divisée. Certains de ses Etats membres (l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Roumanie et la Slovaquie) n’envisagent pas de reconnaître immédiatement l’indépendance du nouvel Etat.
Moscou, qui a souvent mis en garde contre le précédent que pourrait représenter l’indépendance du Kosovo, se contentera-t-elle de réactions politiques et diplomatiques ? Même si'l n'est pas envisageable qu'elle intervienne militairement, la Russie dispose aussi de l’arme du gaz et du pétrole.
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"La moindre étincelle"
La Serbie aussi peut décider d'un embargo, avec de très lourdes conséquences sur le territoire, qui en dépend largement pour son approvisionnement énergétique et de nombreux produits de base. A priori, Belgrade a exclu d’envoyer l’armée, mais cette promesse pourrait être remise en cause si la violence se généralisait dans les zones serbes du territoire. Car milices, groupes paramilitaires et provocateurs en tout genre abondent à Mitrovica, dans le camp serbe comme dans le camp albanais : "la moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres", poursuit M. Dérens.
L’indépendance du Kosovo sera donc "formelle". "Les Albanais auront obtenu la satisfaction symbolique de la revendication qui les unit depuis des années, mais combien de temps se contenteront-ils d’une indépendance symbolique ?" Car le Kosovo a virtuellement renoncé à toute activité productive. L’économie du territoire ne repose que sur le commerce et les services. La Serbie ne renoncera pas à ses droits de propriété sur la plupart des entreprises du Kosovo. Le chômage frappe environ 60 % de la population active et 60 % des Kosovars ont moins de 25 ans. "Les Kosovars accepteront-ils longtemps l’ersatz de souveraineté qui leur est offert, et la terrifiante misère qui va continuer d’être le sort de leur pays ?"
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